Retour sur la rencontre thématique « La lutte contre la dégradation des habitats marins en zone côtière »
C’est au son des gabians et du clapotis des vagues que 33 professionnels se sont réunis pour une rencontre thématique sur le thème de « la lutte contre la dégradation des habitats marins en zone côtière » le mardi 24 février 2026. La Base nautique municipale de La Ciotat a été gracieusement mise à disposition par la Ville pour accueillir ce rendez-vous de professionnalisation soutenu par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, la DREAL, et la Région Sud.
À l’invitation du GRAINE Provence-Alpes-Côte d’Azur, 22 éducateur.ices à l’environnement, coordinateur.ices de projets et gestionnaires d’espaces naturels sont venus s’outiller pour préserver les petits fonds côtiers. Objectifs : sensibiliser les plaisanciers en réduisant les ravages de l’ancrage anarchique sur les habitats naturels côtiers (herbiers de posidonie, coralligène, etc.). Ce temps fort a permis de croiser les regards entre réglementations structurantes, retours d’expérience inspirants sur le terrain et ateliers pédagogiques innovants.
Notre reportage vidéo :
Vidéo : Annabel Walker et Louane Aramand, GRAINE
Poser le cadre : comprendre pour mieux agir
Pour asseoir les bases de la journée, Violaine Talleu, de la Direction Interrégionale de la Mer (DIRM Med) Méditerranée, a dressé un état des lieux précis de la réglementation en abordant Document Stratégique de Façade Méditerranée (DSF). Une mise en contexte essentielle qui a permis aux professionnels présents de mieux appréhender l’articulation des politiques publiques maritimes avec leurs actions locales. En effet, la mobilisation de toutes et tous est primordiale face à un constat sans appel :
- 85 km² de fonds marins dégradés en Méditerranée occidentale, dont 58 km² en zone côtière (ancrage, pêche, aménagements).
- 672 déchets/100m sur le littoral (33 fois le seuil du Bon État Écologique).
- Coût annuel de la dégradation : 2,4 milliards d’euros pour la France, dont 507 millions liés aux questions sanitaires.
- La posidonie, plante clé de l’écosystème, ne pousse que d’environ 1 cm par an (rhizomes verticaux) – l’une des croissances les plus lentes au monde.
« La Méditerranée concentre 1% de la surface des océans mais 18% des espèces marines connues, avec 25 à 35% d’espèces endémiques », a rappelé Violaine Talleu.
De la pédagogie à la réglementation
La suite de la rencontre a mis en lumière des initiatives territoriales concrètes.
- L’Aire Marine Éducative du Mugel et de l’anse du Sec : rapporté conjointement par Christophe Dufaur et Anne Tamet (Ville de La Ciotat) ainsi que Suzanne Masson (Atelier Bleu CPIE Côte provençale), ce récit a marqué les esprits comme preuve que la pédagogie peut mener à de véritables outils juridiques de protection. Grâce à la mobilisation des enfants, « leur » Aire marine éducative (AME) a été classée par Arrêté de protection d’habitat naturel (APHN) le 17 avril 2025 interdisant la pêche de loisir et réglementant la pêche professionnelle. Le fruit d’une concertation plus que persuasive des enfants avec les élus et les pêcheurs locaux.
- La ZMEL de Cavalière : Clélia Moussay (Service Mer & Littoral de la Ville du Lavandou) est venue présenter le bilan de la première saison de la Zone de Mouillages et d’Équipements Légers en baie de Cavalière (voir le site internet dédié). Un projet d’envergure soutenu par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse et la Région Sud. Avec ses 86 hectares d’herbiers de posidonie à protéger, ce dispositif propose un amarrage raisonné et réglementé (gratuit en journée pour les moins de 16 mètres, payant et sur réservation la nuit). Ce retour d’expérience a offert un exemple concret aux communes littorales soucieuses de concilier plaisance et préservation.

Des outils pédagogiques pour transformer les pratiques
L’après-midi a été consacrée à la découverte d’outils pratiques visant à inciter les plaisanciers à modifier durablement leurs comportements à flot :
- Les Sentinelles de la mer Méditerranée : Un réseau de plaisanciers volontaires en sciences participatives d’observations de surface (espèces, déchets, rejets, etc.), via l’application Donia, présenté par Alain Matesi, président de l’association de bénévoles CoLLecT-IF environnement.
- L’observatoire citoyen OBLADES : une mobilisation de plongeurs expérimentés pour collecter des données naturalistes sous l’eau, présenté par Thierry Aune, responsable du programme au GPES, le club de plongée La Ciotat.
- L’Observatoire de l’environnement municipal de La Ciotat impliquant les citoyens présenté par Sandra Carry, sa coordinatrice.
- La campagne Écogestes Méditerranée : Un programme interrégional complet de sensibilisation et de communication engageante piloté, en Méditerranée, par le CPIE Iles de Lérins et Pays d’Azur. Sa directrice adjointe, Jamila Poydenot, a présenté le dispositif. Chaque été, des ambassadeurs formés rencontrent les plaisanciers pour promouvoir les gestes écoresponsables, tout en documentant les pratiques nautiques pour affiner les futurs plans de gestion.

La Fresque de la plaisance est une co-production V2E, CPIE Côte Provençale Atelier Bleu, Parc national des Calanques et NEEDE. / Photo : L. Aramand GRAINE PACA
- La Fresque de la plaisance : Animé par Georges Seimandi (association V2E – Les voiles de l’énergie et de l’environnement), cet atelier coopératif de 3 avec 4 à 15 participants permet de comprendre de façon systémique les impacts environnementaux de la filière plaisance et de co-construire des solutions responsables.
« Cette rencontre a permis de prendre du recul sur nos pratiques et de se faire du réseau. »
un.e participant.e
Un bilan hautement positif et des synergies d’avenir
Les retours des participants à l’issue de la journée témoignent d’une grande satisfaction générale. La richesse des interventions, la qualité des échanges directs et l’importance de se retrouver en présentiel pour faire vivre le « réseau Mer » ont été largement saluées.
De nombreuses collaborations de terrain s’apprêtent déjà à naître, certains professionnels envisageant par exemple de devenir relais de la Fresque de la plaisance sur leur territoire ou de se rapprocher du CPIE Côte provençale pour l’animation de sentiers sous-marins. Malgré un timing un peu serré face à la densité du programme et une salle victime de son succès, la dynamique collaborative régionale en est ressortie grandement renforcée.
Pour aller plus loin
Un livret ressources compilant l’ensemble de ces éléments ainsi que d’autres outils pédagogiques pertinents sera prochainement mis en ligne en accès libre et gratuit sur l’espace ressources du GRAINE.
Et aussi…
Feuilleter la revue Act’ Envir’ #4 du GRAINE Provence-Alpes-Côte d’Azur consacrée à la Mer Méditerranée :












